Le temps
Je le répète sans doute mais je suis en arrêt maladie depuis le 22 juillet, bientôt 6 mois. Je suis passé par plusieurs étapes et je pense que je n'ai pas fini. Du 22 juillet à fin septembre, j'ai eu des envies suicidaires. Je voulais partir pour mieux revenir, et devenir quelqu'un de bien, parce que je reviens de loin. Donc exit le suicide car c'est pas possible de revenir. Mais depuis, cette envie est revenue, je l'envoi chier du mieux que je peux mais parfois c'est comme ça, cela ne s'explique pas.
Avant ce 22 juillet, tout était là, prêt a exploser, j'ai pété un plomb ce soir là et depuis plus rien ne sera comme avant. J'ai décidé d'arrêté tout et de reprendre ma vie en main mais il m'a fallu plusieurs mois. Je faisais partie de ces gens perdus, souriant par politesse, entourés mais pourtant si solitaire.
J'entame une thérapie, ça fait des années que j'analyse tout, mais seule on croit, on pense, on ressent mais on est souvent dans le faux. J'agis pas, je rêve, alors j'agis car là c'est devenu irrémédiable. Une thérapie, une vraie de vraie, je connais peu de gens qui en ont fait. Cela fait 5 mois maintenant et je peux vous dire que je suis fière de moi. Chacun d'entre vous en a besoin. C'est une démarche courageuse et pleine de bon sens. La faire le plus tôt possible dans sa vie, ne peux que vous rendre service. Changer ses comportements, sa façon de penser, de voir les choses, le regard que l'on porte sur le monde extérieur..., n'est pas évident mais j'allais pas rester comme ça toute vie ? Non, faut bien commencer un jour.
Tout ce qui nous tue pas, nous rend plus fort.
Alors, je laisse passer le temps. C'est seulement de temps que sont faits les deuils, de sa traine impalpable dont on ne voit jamais les effets. Le temps qui nous fait sortir de tout, qui a ce pouvoir de nous changer, de nous bonifier et de nous altérer, de nous tirer du plus grand malheur comme l'émoi et des éblouissements, et de nous même à la fin, de notre corps lourd. Oui, le chagrin se casse contre la vie, contre les caresses de l'amour, les arbres qui reverdissent et le soleil qui vient. Mais combien faudra-t-il de jours, de larmes et de baisers pour effacer et reprendre, on ne peut pas le savoir. Donc j'attends.

Julien attend, sans doute dans un mutisme absolu que je me relève et je pense qu'il croit en moi, c'est ce que je ressens. Parfois, il est auprès de moi, à me caresser les cheveux, et là on peut voir comme on s'aime. Je pleure sans bruit de douleur et de tristesse sur son torse, blottie contre lui. Il ne sait que dire pour m'apaiser et lui, ne peux pleurer sur moi. Il est triste aussi. J'ai le courage de tenir à la fois ma langue et mes larmes tant qu'il est près de moi. Les maris, ça comprend pas toujours tout, ni très bien. Quand on épouse, on croit qu'on sera moins seul, mais comme on se trompe ! Oh ! là là ! Oui ! C'est tout le contraire qui se passe, on l'est encore plus. Ca j'ai mis du temps à le comprendre. On est seul même si l'on a ce qu'il faut d'amour.
La peine sépare deux époux autant qu'elle les rapprochent. Mari et femme s'est pas le plus facile, toujours ensemble à se respirer et s'entendre sans trêve. Mais, comment dire, même si c'est difficile parfois, les instants de bonheur sont quant à eux vitals, aussi pour toucher cet instant, je me pose pas de questions quant à Julien. Il est tellement vrai que le contact physique vient en premier apaiser la peur.
Le lendemain, j'attend toujours le lendemain. Parce que l'on fini par comprendre que la colère n'illumine ni les êtres ni l'amour.
J'ai passé des jours entiers de calme. Je me refuse depuis le début à prendre les médicaments prescris, c'est de la merde, faut régler ses problèmes autrement selon moi, se prendre en charge seul face à soi-même.
Il faut de la persévérance ! C'est quoi la persévérance ? Cela veut dire que l'on n'arrête pas en chemin ce que l'on a commencé. Cela veut dire que l'on est opiniâtre.
Je me propulse vers la vie.